Jeunes bacheliers africains : entre désillusion et espoirs déchus

Le jour où j’ai eu mon bac j’ai fait la holà. J’ai sauté dans les bras de mes amis. Nous sommes ensuite allés à la maison, et ma mère a déroulé un pagne sur lequel j’ai marché, pour perpétuer la tradition. J’ai appelé tous mes proches. Ils m’ont félicitée, j’ai eu de l’argent, nous avons organisé une grande fête à la maison.

Et puis j’ai eu ma marraine au téléphone qui m’a dit ceci : « Le plus dur commence maintenant, ma fille ».

Au début, je n’ai pas trop compris ce qu’elle voulait dire. C’est vrai, quoi ! Qu’est – ce qui pouvait être plus dur que d’avoir obtenu son baccalauréat dans un contexte géopolitique tendu tel que celui qui régnait en Côte d’Ivoire à cette époque ?

Pour moi, le meilleur commençait maintenant. J’allais être libre ! Enfin vivre comme une adulte, loin des parents.

 

Plus de contraintes, j’allais connaître la vie d’étudiante.

J’allais partir à l’Université. Plus de contrôle continu, plus d’interrogations surprises, et même plus l’obligation d’aller à l’école. Ca ne pouvait être que le rêve. J’allais me faire de nouveaux amis, gérer mon temps comme cela me convenait, enchaîner les soirées étudiantes. Et pour couronner le tout, étant issue d’une famille que l’on pourrait qualifier d’aisée, je n’aurais pas à me soucier des difficultés rencontrées par les étudiants à l’accoutumée. Mes parents ne voulaient d’ailleurs pas que j’ai un boulot à côté de l’école. Ils prenaient tout en charge. Je n’avais qu’une chose à faire : ramener les bonnes notes. Ils ont voulu me protéger. Peut être un peu trop. Je n’étais pas en résidence étudiante. Trop petit pour pouvoir recevoir la famille. Pas de colocation pour avoir de l’intimité. Mais après tout je ne sais pas si le fait d’avoir été en résidence aurait réellement changé quelque chose, étant donné que je connais des personnes en résidence qui étaient tout aussi déprimées que je le serais par la suite. 

La réalité est que tout le monde n’est pas fait pour être « jeté » loin de chez ses parents à dix – sept ans. L’enfant (parce qu’en réfléchissant je considère qu’on est très très jeune à peine majeur) n’est pas forcément bâti pour mener une telle vie. La preuve est que la plupart des jeunes qui étaient à l’Université avec moi rentraient chez leurs parents le week-end, ou avaient au moins de la famille sur place. Tel n’était pas mon cas.

En fait dans la philosophie des parents dans mon pays, dès que l’enfant a le bac, il doit partir pour « réussir ». Et de toutes les manières s’ils procédaient autrement l’enfant leur en voudrait. Il se met tellement dans la tête qu’il va partir après son baccalauréat que lorsqu’on lui dit de rester, il le prend comme une punition. Or il y a des réalités qui ont pour conséquence que l’adaptation à l’étranger se déroule souvent très mal.

 

Les erreurs d’orientation

On nous demande très tôt de savoir ce que l’on veut faire. Et forcément il peut y avoir des incidents de parcours. A mon humble avis il faudrait réformer totalement le système scolaire. Au final ces « séries », ces cases dans lesquelles on nous met, je n’en voie pas l’utilité. Il faudrait vraiment plus valoriser les filières techniques. Ca commence dès le lycée. Certains n’osent pas aller dans des filières plus « spécifiques », même s’ils ont un don, de peur d’être traités de cancres. De toute façon la S c’est pour les élèves les plus brillants, la ES, pour les élèves ni excellents, ni mauvais et la L, pour les artistes et autres hippies. La STG c’est la poubelle !

Finalement cette peur du regard des autres pousse les jeunes à choisir des orientations qui ne leur conviennent probablement pas, poussés par leur parents qui ont aussi peur de l’avis des autres. Personne ne nous forme à l’école sur le fait que ce n’est pas bien grave de se tromper d’orientation, qu’il est possible de rebondir et que ça fait partie de la vie ! Du coup arrivés dans le système supérieur, certains s’obstinent à suivre des voies qui ne leur conviennent pas et finalement sombrent dans la dépression. Alors que c’est normal de douter, parce que rares sont les personnes qui dès leur plus jeune âge disent : c’est ça que je veux faire !

Pour ma part, j’ai toujours su que je voudrais être journaliste, ou avocate. J’ai toujours eu cette palme littéraire. J’ai toujours écrit et tenu des blogs. A un moment j’ai plus penché pour le journalisme, mais maintenant j’ai trouvé ma voie. Future avocate très certainement, en écrivant à côté.

 Mais tel n’est pas le cas de tout le monde et il y a des personnes qui jusqu’à 24, 25 ans, se cherchent encore au niveau scolaire.

Que de perte de temps parce qu’on ne nous a pas permis de faire ce qu’on voulait faire ! La faute aussi à de nombreux lycées chez nous en Afrique qui ne mettent en avant que les sciences sans chercher à développer certaines autres compétences de l’enfant ! Manques de moyens me direz – vous ? Pas sûr ! Pour dessiner, on a juste besoin d’un crayon. Pour jouer au foot, pas besoin d’un terrain avec le gazon dernier cri. Il suffit juste de faire appel à sa créativité !

 

Les squatters et profiteurs

Je ne m’attarderai pas sur le sujet, mais lorsqu’on en est victime, si on a une âme sensible, ça peut faire très mal.

Ils vont venir habiter chez toi, tu vas tout faire pour eux. Ensuite ils vont disparaître dans la nature et s’afficher sur Snapchat avec leurs vrais amis, tandis que toi tu es seul chez toi à la maison. Il y a aussi ceux qui te demandent toujours de l’argent ou des menus services mais qui, lorsque tu as des problèmes, ne sont plus joignables.

 

Les mauvaises fréquentations

A la faculté on peut vite être tenté de suivre des personnes qui vont feront vivre et expérimenter des choses très cool, mais qui visiblement ne sont pas venues là pour travailler. Or il ne faut pas suivre n’importe qui. Un français peut faire ce qu’il veut, pas un africain sur la tête duquel plane l’ombre du non-renouvellement de titre de séjour ne peut pas. On peut alors se retrouver dans une situation de grande détresse et par «honte » on ne veut pas dire aux parents ce qu’il se passe réellement. On va dire qu’on est en Master 2 alors qu’on peine à valider la licence. Et nos parents vont nous croire, eux qui vivent loin et qui souvent n’ont jamais étudié à l’étranger.

 

Le froid

Ah, le froid ! A – t – on vraiment besoin de s’attarder là – dessus ? Quand il commence à faire froid, tout le monde se terre chez soi. Et quand tu n’as pas de chéri, de colocataire, ou que tu ne vis pas chez tes parents, tu n’as que ta couverture et tes Ben & Jerries pour te tenir compagnie. Tant d’hivers passés ainsi ! Les gens ayant toujours connu cela se plaignent déjà, alors imaginez le premier hiver d’un jeune étudiant qui a toujours connu le soleil, toute l’année. Si pour certains la Côte d’Azur c’est l’eldorado et que l’intégration est dure à Paris, je pense que la difficulté est décuplée pour un jeune africain.

 

La gestion du budget

J’ai l’impression que dans notre culture, tout est souvent dans le paraître. On veut toujours être bien sapé, les étudiants vivent au dessus de leurs moyens. Beaucoup préfèreront réserver un salon en boîte de nuit tous les samedis et ensuite manger des pâtes au thon tout le reste du mois. 

J’ai demandé un jour à un de mes amis :

« Mais tu pourrais tout simplement payer ta consommation et t’éclater tout aussi bien, non ?
Ah, toi aussi ! Qu’est-ce que mes amis vont penser ? C’est quand même moi, le grand M.C, je ne peux pas casser carreau* !  Me répondit – il ».

C’est là que je vis qu’il y avait un réel problème, car la personne était étudiante comme moi. Nous devrions vraiment revoir notre sens des priorités. Je m’inclus dans le lot. Est- ce vraiment obligatoire d’avoir le dernier Iphone, de s’habiller en Lacoste ou Ralph Lauren lorsqu’on sait pertinemment qu’on ne peut pas se le permettre ? Ces personnes ont sûrement des boulots à côté, me direz – vous. Seulement voilà : pour moi, l’épargne que tu as eu à la sueur de ton front, c’est un petit peu débile d’aller la mettre dans des choses qui vont te procurer un plaisir éphémère alors que tu pourrais épargner, investir, ou faire des cadeaux à tes proches.

Mon péché mignon, ce sont les voyages. C’est mon premier poste de dépenses. Après, chacun ses passions. Le problème est que l’homme étant un éternel insatisfait, lorsque ces personnes ont vu qu’elles pesaient dans le « game » grâce à tout cela, elles ne sont jamais rassasiées. Ce qui peut les entraîner vers des solutions occultes pour avoir de l’argent facile. Suivez mon regard. Alors je me dis, à quoi bon ? Soit c’est ça, soit on se retrouve avec un énorme découvert, voire un interdit bancaire et on n’ose pas le dire aux parents. Tout ça pour quoi ? De quel respect parle – t – on ? Je l’ai vraiment beaucoup plus observé chez nous qu’ailleurs, et il faudrait vraiment que cela change !

 

L’intégration dans une société individualiste

Je ne dis pas que tout est rose en Afrique. Mais il y a une certaine chaleur qu’on ne retrouve pas pour ma part, en France. Je ne me suis jamais retrouvée seule en Afrique. Même les fois où j’avais des soucis d’intégration à l’école, je savais qu’en dehors de l’école j’avais des bons amis. J’ai plein de cousins et la maison n’est jamais vide. Il y a les parents, il y a les employés de maison. Et puis en Afrique c’est connu que les habitants de la maison ne se limitent pas à la famille nucléaire.

Or je n’ai jamais été aussi seule qu’en France. J’ai demandé à des personnes beaucoup plus extraverties que moi et c’était le même refrain. Lorsque tu arrives, on te confie à des personnes qui ont leurs propres problèmes, et par conséquent, peu de temps à te consacrer. J’ai compris très tôt qu’ici, c’était chacun pour soi. A la fac de droit il y avait peu de noirs. J’ai donc appris à connaître la mentalité individualiste qui règne en France.

J’ai connu des personnes avec qui tu discutes un jour, mais qui ne te saluent plus le lendemain, surtout si c’est hors de l’enceinte de l’Université. Lorsque les cours finissent, vous ne vous connaissez plus. Des personnes à côté de qui tu es assis sur les bancs deux semestres entiers, mais dont tu ne connaîtras jamais la maison. J’ai connu des personnes qui ne te feront plus jamais signe une fois que l’année est terminée, si vous n’êtes plus dans la même classe. Je connais des personnes avec qui tu discutes toute l’année, mais qui vont continuer de dire « ce week end j’étais avec mes amis, etc… ». Ils ne vont jamais t’appeler. Si tu les appelles ils discuteront avec toi, mais pas l’inverse. Etant une personne plutôt « friendly », je n’ai pas tout de suite compris. Et puis j’ai fini par devenir pareille. Je me suis construis une sorte de carapace qui fait qu’il me faut beaucoup de temps pour considérer les personnes comme des « amis ». Du coup je suis devenue plutôt renfermée moi aussi.

Je fais cet article pour attirer l’attention des parents, des jeunes, sur le fait que faire venir son enfant en Europe sans l’y avoir préparé avant peut avoir des conséquences désastreuses. Si cela peut éviter il vaut mieux le garder auprès de soi le plus longtemps possible. Il faut également que nous, africains, prenions conscience que la dépression est bien réelle chez nous, et qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard.

Bien à vous,

Mamidan

*casser carreau : expression qui désigne le fait de juste payer sa consommation en boîte et de ne pas disposer d’un salon.

Rendez-vous sur Hellocoton !
Continue Reading

Racisme entre noirs

 

Il y a un sujet dont je veux parler depuis bien longtemps.

A la base je voulais faire plein de recherches pour susciter le moins de polémiques possible. Faire un article politiquement correct. Mais aujourd’hui, je vais parler avec le cœur, car j’ai un ras le bol général !

Pas de disclaimer aujourd’hui, pas de pincettes.

Voilà maintenant quatre ans et demi que j’ai rencontré une personne formidable. Cette personne c’est mon meilleur ami. Je lui dis tout, il me traite vraiment convenablement. Je n’ai rien à dire.

Monsieur a ses défauts, j’ai les miens, mais on gère. Tout ça c’est le couple.

Pourtant il y a divers problèmes. Je pourrais ne pas m’en occuper, mais il y a des jours où je n’y arrive vraiment pas !

Le gros problème que nous avons, nous les hommes, c’est que nous ne pouvons pas nous empêcher de nous mêler de ce qui ne nous regarde pas. Je crois que nous n’avons pas assez de préoccupations. Ou alors c’est de l’aigreur, je l’ignore.

Venons en au sujet.

Nous les noirs, nous plaignons souvent du racisme. Nous ne sommes pas assez représentés dans les médias. Des postes nous sont refusés à cause de notre couleur de peau. On nous tue comme des chiens à cause de notre couleur de peau, tout ça, tout ça. C’est très bien de lutter pour que nos droits soient reconnus. Je salue l’effort.

Mais il y a une chose que je ne comprend pas : comment se revendiquer victime quand on est soi même bourreau ? Car je le dis aujourd’hui : il y a un fort désamour entre africains.

Les ressortissants de certains pays africains se croient supérieurs aux autres. Ce n’est un secret pour personne. Sous couvert d’humour certains font des blagues xénophobes sur d’autres, tandis que si cela vient de « blancs », ils hurleront au racisme !

Je vais vous raconter mon histoire. Il y a quelques années donc, j’ai entamé une relation avec un jeune homme originaire du pays voisin du mien. Je suis d’origine ivoirienne. Je ne choisis pas une personne en amitié, comme en amour, en fonction de sa couleur de peau ou de sa nationalité. Je choisis cette personne pour ses qualités intrinsèques.

Cette union a posé des problèmes à certains. Moi j’appelle cela du racisme ordinaire.  Des gens à qui je n’avais rien demandé ont fait des remarques du style : « c’est un guinéen qu’elle a trouvé, elle est sérieuse » ? Personne n’a eu le cran de me le dire en face, mais ce sont les échos que j’ai eu. Et je sais pertinemment que c’est vrai.

Il y a aussi des personnes qui ont essayé d’être « gentilles »

– ah mais ton chéri, il n’a pas un accent prononcé, donc ça va ! Il a la classe et tout. Il est pas trop « guinéen » au final ;

-tu es sûre de ton choix ? Vu ta personnalité je t’aurais plus vue avec un blanc…

Qu’est – ce que ça veut dire en fait ? Qu’avoir un accent prononcé, c’est se comporter comme un sauvage ? Comment peut – on être si fermé d’esprit ? Franchement, je ne comprend pas.

Et je parle de racisme entre noirs parce que lorsque c’est un français ou un américain que l’on ramène au bercail, c’est un concert d’éloges. Les peuples qui exigent même que leur fille épouse une personne de la même religion font abstraction de tout cela. Il est athée, mais comme il est blanc, ça passe, parce que le blanc est intelligent, le blanc est fort, le blanc est riche. Souvent de la part de nos parents nous avons droit à des discours tels que « maintenant que tu es arrivée en Europe, ramène – nous un blanc ! ». Moi je n’ai rien contre les unions mixtes. Je suis mon coeur. Mais je déplore le fait que nous, africains, ne mettions pas plus notre culture en valeur, et que ce soit d’autres qui le fassent à notre place. Je ne pense pas avoir entendu les Occidentaux dirent qu’il est mieux d’épouser un africain qu’un autre Occidental.  Il faut vraiment que les mentalités changent et que nous arrêtions d’être aliénés.

L’amour n’a pas de couleur. Blanc, noirs, rouges, peu importe. Du moment que deux personnes s’aiment personne n’a même son mot à dire dans l’histoire.

Je peux comprendre le fait que les gens aient peur, parce que fréquenter une personne d’un autre pays que le sien est susceptible de créer divers problèmes : où vivrons nous, où allons-nous nous marier ? Mais dans mon cas, si je tiens compte des remarques que j’ai entendues depuis le début de ma relation c’est tout simplement du racisme. C’est l’art de se croire supérieur aux ressortissants d’un autre pays  parce que notre PIB est plus élevé.

Certaines personnes gagneraient vraiment à faire preuve de plus d’humilité et surtout, à vivre leur vie sans fourrer le nez dans les affaires des autres.
Mon histoire ne regarde que moi, n’en déplaisent à certains. Si elle fonctionne bien, autant pour moi. Et si elle échoue, j’en ressortirai grandie.

 

Cordialement

 

Mamidan

Rendez-vous sur Hellocoton !
Continue Reading

Non, je ne suis pas nappy !

Et là, vous vous posez plein de questions.

Pourtant, j’ai les cheveux naturels.
Pourtant, j’appartiens au groupe Nappys de Babi
Pourtant, mon mentor s’appelle Journalnappygirl

 

Mais je le revendique aujourd’hui, je ne suis pas nappy.

Je suis tolérante lorsque les gens m’appellent « la nappy » parce que ce serait trop long de tout leur expliquer, et parce qu’ils ne comprendraient peut être pas.  De toute manière, ce ne sont que des cheveux, pourquoi se prendre la tête ?

Oui, mais ce n’est pas si simple.

Quand c’est gentiment dit de la part des amis, de la famille, j’en ris. Mais quand c’est dit pour se moquer délibérément alors la colère gronde.

Pourquoi donc ne suis-je pas nappy ?

Parce qu’on est pas du tout sûr de l’origine du mot

Certains disent que cela veut dire « natural and happy », mais il n’y a aucune preuve. Et puis oui, je suis heureuse d’être naturelle, mais je n’ai pas à le revendiquer à tout bout de champ, prétendre que je suis dans un état de béatitude permanent. Ca a aussi peu de sens que « noir et fier » pour moi. Je suis épanouie avec mes cheveux naturels, mais j’ai aussi des difficultés avec eux, comme dans toute chose de la vie quotidienne.
Les afro-américains n’apprécient pas ce terme car il s’agirait d’une moquerie dont les négriers se servaient pour dénigrer les cheveux crépus des esclaves.

chain-433991_1280

Comment peut-on se revendiquer d’être quelque chose dont on ignore le sens ?

 

Parce que cela déchaîne les passions

Comme je l’avais dit dans un précédent article, ce mot entraîne des débats totalement stériles. J’en ai été témoin dans le groupe facebook Nappys de Babi. J’ai adhéré au groupe pour recueillir des conseils. Il m’a été d’un énorme soutien à mes débuts et il l’est toujours. Je me fichais royalement du nom à partir de ce moment.

Mais sur la page j’ai vu des post du style : puisque vous êtes nappys, pourquoi se maquiller ?

Sur d’autres forums j’ai lu : pourquoi se colorer les cheveux, pourquoi les lisser?

Et cela entraîne des discussions houleuses qui n’en finissent jamais. Ce qui nous renvoie au premier problème ; nous ne savons même pas ce que veut dire « nappy » exactement et nous nous disputons pour savoir qui est nappy et qui ne l’est pas. Ce n’est pas logique. Imaginez un instant que l’affirmation selon laquelle c’était notre surnom donné par les négriers soit vraie ?

 

 

Parce que cela suscite méfiance et quolibets

Nappy Fear

« Puisque tu es nappy, tu ne vas plus t’épiler ? »

« Ah les nappys c’est une mode, dans deux ans vous allez redéfriser, on se connaît. »

« 
C’est toi la nappy, pas moi » (dixit une fille noire, donc née naturelle).

Je pense qu’on a même pas besoin de commenter ces affirmations.

 

Parce que c’est un terme réducteur

– La nappy
– Le nappisme
– Tu vas faire nappy toute ta vie ?
– Elle veut faire nappy comme toi maintenant.
– Towsend, vous êtes jumelles. Vous avez la même coiffure (être naturelle, c’est une coiffure ?)

Lorsqu’on me désigne comme la nappy, déjà j’ai l’impression que c’est comme si j’avais un signe distinctif. Pourtant, nous les noirs, nous sommes TOUS crépus à la base. Donc non, je ne suis pas différente, ni bizarre. Non Towsend et moi, à part le fait que nous soyons naturelles, nous n’avons rien en commun. Mes cheveux naturels doivent se fondre dans la masse parce que c’est quelque chose de normal. Les cheveux défrisés, eux, sont transformés, et c’est ce qui est transformé par l’Homme qui est singulier. En m’appelant la nappy, c’est comme si ma personnalité se résumait à mes cheveux naturels. Pourtant je pense que j’ai plein de choses intéressantes à raconter. Je trouve même que c’est insultant. Parfois c’est dit avec dédain comme « la grosse », etc.

Si on arrêtait un peu de mettre les gens dans des cases ?

 

Ca me rappelle une petite anecdote :

Avec des amies, nous étions aller manger un kebab. J’étais la seule noire. Pour se souvenir de ma commande, la serveuse a écrit sur un post it : « la black en rose« . J’étais pourtant la seule à porter du rose. Pourquoi alors ne pas écrire la fille en rose ?

J’ai horreur qu’on m’appelle « black ». Les gens traduisent en anglais parce qu’il pensent que c’est moins « risqué », mais je suis noire, point. Mais c’est un autre débat.

Revenons à nos moutons. Pourquoi je partage cette histoire avec vous ? Parce que cela montre à quel point c’est réducteur et péjoratif de cataloguer les personnes selon leur apparence. Le « tatoué », « le gros » , « le black », ils ont des noms, des prénoms, des qualités et des défauts, des histoires personnelles. Ce ne sont pas des objets. A partir de ce moment là on n’a pas à leur coller une étiquette.

 

Parce que ça renvoie à une notion de communauté

Nappy fight

 Les gens ont tellement oublié ce que c’était que d’être naturel qu’ils en ont peur. Et pour eux, mettre un nom sur la chose leur permet de se dire que c’est quelque chose qui ne les concerne pas. « Ce sont des nappys, ce n’est pas pour moi ». « Tout le monde ne peut pas être nappy ».

J’ai l’impression que les gens nous voient comme une sorte de secte. Pourtant nous n’avons ni hymne, ni symbole, ni insignes, ni slogan. Nous ne nous réunissons pas dans l’ombre dans le but d’un jour dominer le monde. Sans blague. Les naturelles sont juste des femmes qui ont décidé de revenir à leur texture de l’enfance. Je ne crois pas que ce soit très compliqué à comprendre. Il est vrai que nous aimons nous rassembler pour échanger, nous entraider dans un monde qui nous est hostile. Mais ça s’arrete là.

Je préfère encore qu’on dise que c’est une mode plutôt qu’une secte, ou autre organisation douteuse.

D’autres pensent que c’est une nouvelle lubie de la jet set africaine, un peu comme les passions des « bobos parisiens » et autres « hipsters ». J’ai lu, par exemple, que les nouveaux riches ivoiriens vont dans des coins chic, sont nappys, s’habillent en pagne, etc… Peu importe que ce soit dit avec humour, mais moi je ris jaune. Oui c’est vrai qu’en ce moment beaucoup de gens retournent au naturel. Mais peut être que c’est parce que les jeunes se rendent de plus en plus compte que c’est plus sain pour leur tête, non ?

Parfois, j’essaie d’être conciliante. Je me dis que tout ce qui est nouveau fait peur, que les gens finiront par s’habituer, mais c’est quand même dur.

Certaines filles ont prétendu qu’il y avait un « natural hair movement », un peu comme le « human civil rights » et que ce n’était que pour les femmes noires. Moi je pense que c’est une erreur. Oui, nous nous regroupons parce que c’est plus facile de s’entraider dans un monde qui n’a pas été imaginé pour nous apprendre à aimer notre cheveu naturel.  Nous aimons nous rassembler pour échanger. Sans ces regroupements je n’aurais jamais autant appris. Mais je n’appartiens à aucun mouvement.

Par ailleurs, dans beaucoup de communautés il y a des dérives. Certaines croient fermement qu’elles appartiennent à un groupe distinct et partent dans les extrêmes. En rabaissant les défrisées alors qu’elles l’ont été, en dénigrant celles qui retournent au défrisage, et même les filles aux cheveux longs qui coupent très court. Où va-t-on ? N’a ton pas mieux à faire que de perdre son temps dans de telles inepties sur la toile ?
Si je suis amie avec une naturelle, nous aurons beaucoup de choses à nous dire, c’est sûr. Si des gens de mon entourage expriment le souhait d’arreter le défrisage, je serais excitée comme une puce. Mais je ne vais pas choisir une amie parce qu’elle est naturelle, pas plus que je ne vais essayer d’influencer une amie défrisée pour qu’elle arrete.  Sérieusement, il y a vraiment des gens qui pensent comme ça ? « Non, elle, elle porte un tissage, on ne peut pas etre amies ». No comment.

Etre naturel, ça reste quelque chose de personnel. Personne n’est obligé de le devenir, ni de le rester. Chacun agit en son âme et conscience, et pour ses raisons propres.

En ce sens, je trouve que considérer les naturelles comme un ensemble uniforme de personnes qu’on appellerait « Nappy » est un raccourci qui n’est vraiment pas à faire.

Alors relaxez-vous, les naturelles ne vont pas vous manger.

 

 

Le terme « nappy », qu’est-ce que ça t’inspire ? 

Rendez-vous sur Hellocoton !
Continue Reading