Jeunes bacheliers africains : entre désillusion et espoirs déchus

Le jour où j’ai eu mon bac j’ai fait la holà. J’ai sauté dans les bras de mes amis. Nous sommes ensuite allés à la maison, et ma mère a déroulé un pagne sur lequel j’ai marché, pour perpétuer la tradition. J’ai appelé tous mes proches. Ils m’ont félicitée, j’ai eu de l’argent, nous avons organisé une grande fête à la maison.

Et puis j’ai eu ma marraine au téléphone qui m’a dit ceci : « Le plus dur commence maintenant, ma fille ».

Au début, je n’ai pas trop compris ce qu’elle voulait dire. C’est vrai, quoi ! Qu’est – ce qui pouvait être plus dur que d’avoir obtenu son baccalauréat dans un contexte géopolitique tendu tel que celui qui régnait en Côte d’Ivoire à cette époque ?

Pour moi, le meilleur commençait maintenant. J’allais être libre ! Enfin vivre comme une adulte, loin des parents.

 

Plus de contraintes, j’allais connaître la vie d’étudiante.

J’allais partir à l’Université. Plus de contrôle continu, plus d’interrogations surprises, et même plus l’obligation d’aller à l’école. Ca ne pouvait être que le rêve. J’allais me faire de nouveaux amis, gérer mon temps comme cela me convenait, enchaîner les soirées étudiantes. Et pour couronner le tout, étant issue d’une famille que l’on pourrait qualifier d’aisée, je n’aurais pas à me soucier des difficultés rencontrées par les étudiants à l’accoutumée. Mes parents ne voulaient d’ailleurs pas que j’ai un boulot à côté de l’école. Ils prenaient tout en charge. Je n’avais qu’une chose à faire : ramener les bonnes notes. Ils ont voulu me protéger. Peut être un peu trop. Je n’étais pas en résidence étudiante. Trop petit pour pouvoir recevoir la famille. Pas de colocation pour avoir de l’intimité. Mais après tout je ne sais pas si le fait d’avoir été en résidence aurait réellement changé quelque chose, étant donné que je connais des personnes en résidence qui étaient tout aussi déprimées que je le serais par la suite. 

La réalité est que tout le monde n’est pas fait pour être « jeté » loin de chez ses parents à dix – sept ans. L’enfant (parce qu’en réfléchissant je considère qu’on est très très jeune à peine majeur) n’est pas forcément bâti pour mener une telle vie. La preuve est que la plupart des jeunes qui étaient à l’Université avec moi rentraient chez leurs parents le week-end, ou avaient au moins de la famille sur place. Tel n’était pas mon cas.

En fait dans la philosophie des parents dans mon pays, dès que l’enfant a le bac, il doit partir pour « réussir ». Et de toutes les manières s’ils procédaient autrement l’enfant leur en voudrait. Il se met tellement dans la tête qu’il va partir après son baccalauréat que lorsqu’on lui dit de rester, il le prend comme une punition. Or il y a des réalités qui ont pour conséquence que l’adaptation à l’étranger se déroule souvent très mal.

 

Les erreurs d’orientation

On nous demande très tôt de savoir ce que l’on veut faire. Et forcément il peut y avoir des incidents de parcours. A mon humble avis il faudrait réformer totalement le système scolaire. Au final ces « séries », ces cases dans lesquelles on nous met, je n’en voie pas l’utilité. Il faudrait vraiment plus valoriser les filières techniques. Ca commence dès le lycée. Certains n’osent pas aller dans des filières plus « spécifiques », même s’ils ont un don, de peur d’être traités de cancres. De toute façon la S c’est pour les élèves les plus brillants, la ES, pour les élèves ni excellents, ni mauvais et la L, pour les artistes et autres hippies. La STG c’est la poubelle !

Finalement cette peur du regard des autres pousse les jeunes à choisir des orientations qui ne leur conviennent probablement pas, poussés par leur parents qui ont aussi peur de l’avis des autres. Personne ne nous forme à l’école sur le fait que ce n’est pas bien grave de se tromper d’orientation, qu’il est possible de rebondir et que ça fait partie de la vie ! Du coup arrivés dans le système supérieur, certains s’obstinent à suivre des voies qui ne leur conviennent pas et finalement sombrent dans la dépression. Alors que c’est normal de douter, parce que rares sont les personnes qui dès leur plus jeune âge disent : c’est ça que je veux faire !

Pour ma part, j’ai toujours su que je voudrais être journaliste, ou avocate. J’ai toujours eu cette palme littéraire. J’ai toujours écrit et tenu des blogs. A un moment j’ai plus penché pour le journalisme, mais maintenant j’ai trouvé ma voie. Future avocate très certainement, en écrivant à côté.

 Mais tel n’est pas le cas de tout le monde et il y a des personnes qui jusqu’à 24, 25 ans, se cherchent encore au niveau scolaire.

Que de perte de temps parce qu’on ne nous a pas permis de faire ce qu’on voulait faire ! La faute aussi à de nombreux lycées chez nous en Afrique qui ne mettent en avant que les sciences sans chercher à développer certaines autres compétences de l’enfant ! Manques de moyens me direz – vous ? Pas sûr ! Pour dessiner, on a juste besoin d’un crayon. Pour jouer au foot, pas besoin d’un terrain avec le gazon dernier cri. Il suffit juste de faire appel à sa créativité !

 

Les squatters et profiteurs

Je ne m’attarderai pas sur le sujet, mais lorsqu’on en est victime, si on a une âme sensible, ça peut faire très mal.

Ils vont venir habiter chez toi, tu vas tout faire pour eux. Ensuite ils vont disparaître dans la nature et s’afficher sur Snapchat avec leurs vrais amis, tandis que toi tu es seul chez toi à la maison. Il y a aussi ceux qui te demandent toujours de l’argent ou des menus services mais qui, lorsque tu as des problèmes, ne sont plus joignables.

 

Les mauvaises fréquentations

A la faculté on peut vite être tenté de suivre des personnes qui vont feront vivre et expérimenter des choses très cool, mais qui visiblement ne sont pas venues là pour travailler. Or il ne faut pas suivre n’importe qui. Un français peut faire ce qu’il veut, pas un africain sur la tête duquel plane l’ombre du non-renouvellement de titre de séjour ne peut pas. On peut alors se retrouver dans une situation de grande détresse et par «honte » on ne veut pas dire aux parents ce qu’il se passe réellement. On va dire qu’on est en Master 2 alors qu’on peine à valider la licence. Et nos parents vont nous croire, eux qui vivent loin et qui souvent n’ont jamais étudié à l’étranger.

 

Le froid

Ah, le froid ! A – t – on vraiment besoin de s’attarder là – dessus ? Quand il commence à faire froid, tout le monde se terre chez soi. Et quand tu n’as pas de chéri, de colocataire, ou que tu ne vis pas chez tes parents, tu n’as que ta couverture et tes Ben & Jerries pour te tenir compagnie. Tant d’hivers passés ainsi ! Les gens ayant toujours connu cela se plaignent déjà, alors imaginez le premier hiver d’un jeune étudiant qui a toujours connu le soleil, toute l’année. Si pour certains la Côte d’Azur c’est l’eldorado et que l’intégration est dure à Paris, je pense que la difficulté est décuplée pour un jeune africain.

 

La gestion du budget

J’ai l’impression que dans notre culture, tout est souvent dans le paraître. On veut toujours être bien sapé, les étudiants vivent au dessus de leurs moyens. Beaucoup préfèreront réserver un salon en boîte de nuit tous les samedis et ensuite manger des pâtes au thon tout le reste du mois. 

J’ai demandé un jour à un de mes amis :

« Mais tu pourrais tout simplement payer ta consommation et t’éclater tout aussi bien, non ?
Ah, toi aussi ! Qu’est-ce que mes amis vont penser ? C’est quand même moi, le grand M.C, je ne peux pas casser carreau* !  Me répondit – il ».

C’est là que je vis qu’il y avait un réel problème, car la personne était étudiante comme moi. Nous devrions vraiment revoir notre sens des priorités. Je m’inclus dans le lot. Est- ce vraiment obligatoire d’avoir le dernier Iphone, de s’habiller en Lacoste ou Ralph Lauren lorsqu’on sait pertinemment qu’on ne peut pas se le permettre ? Ces personnes ont sûrement des boulots à côté, me direz – vous. Seulement voilà : pour moi, l’épargne que tu as eu à la sueur de ton front, c’est un petit peu débile d’aller la mettre dans des choses qui vont te procurer un plaisir éphémère alors que tu pourrais épargner, investir, ou faire des cadeaux à tes proches.

Mon péché mignon, ce sont les voyages. C’est mon premier poste de dépenses. Après, chacun ses passions. Le problème est que l’homme étant un éternel insatisfait, lorsque ces personnes ont vu qu’elles pesaient dans le « game » grâce à tout cela, elles ne sont jamais rassasiées. Ce qui peut les entraîner vers des solutions occultes pour avoir de l’argent facile. Suivez mon regard. Alors je me dis, à quoi bon ? Soit c’est ça, soit on se retrouve avec un énorme découvert, voire un interdit bancaire et on n’ose pas le dire aux parents. Tout ça pour quoi ? De quel respect parle – t – on ? Je l’ai vraiment beaucoup plus observé chez nous qu’ailleurs, et il faudrait vraiment que cela change !

 

L’intégration dans une société individualiste

Je ne dis pas que tout est rose en Afrique. Mais il y a une certaine chaleur qu’on ne retrouve pas pour ma part, en France. Je ne me suis jamais retrouvée seule en Afrique. Même les fois où j’avais des soucis d’intégration à l’école, je savais qu’en dehors de l’école j’avais des bons amis. J’ai plein de cousins et la maison n’est jamais vide. Il y a les parents, il y a les employés de maison. Et puis en Afrique c’est connu que les habitants de la maison ne se limitent pas à la famille nucléaire.

Or je n’ai jamais été aussi seule qu’en France. J’ai demandé à des personnes beaucoup plus extraverties que moi et c’était le même refrain. Lorsque tu arrives, on te confie à des personnes qui ont leurs propres problèmes, et par conséquent, peu de temps à te consacrer. J’ai compris très tôt qu’ici, c’était chacun pour soi. A la fac de droit il y avait peu de noirs. J’ai donc appris à connaître la mentalité individualiste qui règne en France.

J’ai connu des personnes avec qui tu discutes un jour, mais qui ne te saluent plus le lendemain, surtout si c’est hors de l’enceinte de l’Université. Lorsque les cours finissent, vous ne vous connaissez plus. Des personnes à côté de qui tu es assis sur les bancs deux semestres entiers, mais dont tu ne connaîtras jamais la maison. J’ai connu des personnes qui ne te feront plus jamais signe une fois que l’année est terminée, si vous n’êtes plus dans la même classe. Je connais des personnes avec qui tu discutes toute l’année, mais qui vont continuer de dire « ce week end j’étais avec mes amis, etc… ». Ils ne vont jamais t’appeler. Si tu les appelles ils discuteront avec toi, mais pas l’inverse. Etant une personne plutôt « friendly », je n’ai pas tout de suite compris. Et puis j’ai fini par devenir pareille. Je me suis construis une sorte de carapace qui fait qu’il me faut beaucoup de temps pour considérer les personnes comme des « amis ». Du coup je suis devenue plutôt renfermée moi aussi.

Je fais cet article pour attirer l’attention des parents, des jeunes, sur le fait que faire venir son enfant en Europe sans l’y avoir préparé avant peut avoir des conséquences désastreuses. Si cela peut éviter il vaut mieux le garder auprès de soi le plus longtemps possible. Il faut également que nous, africains, prenions conscience que la dépression est bien réelle chez nous, et qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard.

Bien à vous,

Mamidan

*casser carreau : expression qui désigne le fait de juste payer sa consommation en boîte et de ne pas disposer d’un salon.

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Racisme entre noirs

 

Il y a un sujet dont je veux parler depuis bien longtemps.

A la base je voulais faire plein de recherches pour susciter le moins de polémiques possible. Faire un article politiquement correct. Mais aujourd’hui, je vais parler avec le cœur, car j’ai un ras le bol général !

Pas de disclaimer aujourd’hui, pas de pincettes.

Voilà maintenant quatre ans et demi que j’ai rencontré une personne formidable. Cette personne c’est mon meilleur ami. Je lui dis tout, il me traite vraiment convenablement. Je n’ai rien à dire.

Monsieur a ses défauts, j’ai les miens, mais on gère. Tout ça c’est le couple.

Pourtant il y a divers problèmes. Je pourrais ne pas m’en occuper, mais il y a des jours où je n’y arrive vraiment pas !

Le gros problème que nous avons, nous les hommes, c’est que nous ne pouvons pas nous empêcher de nous mêler de ce qui ne nous regarde pas. Je crois que nous n’avons pas assez de préoccupations. Ou alors c’est de l’aigreur, je l’ignore.

Venons en au sujet.

Nous les noirs, nous plaignons souvent du racisme. Nous ne sommes pas assez représentés dans les médias. Des postes nous sont refusés à cause de notre couleur de peau. On nous tue comme des chiens à cause de notre couleur de peau, tout ça, tout ça. C’est très bien de lutter pour que nos droits soient reconnus. Je salue l’effort.

Mais il y a une chose que je ne comprend pas : comment se revendiquer victime quand on est soi même bourreau ? Car je le dis aujourd’hui : il y a un fort désamour entre africains.

Les ressortissants de certains pays africains se croient supérieurs aux autres. Ce n’est un secret pour personne. Sous couvert d’humour certains font des blagues xénophobes sur d’autres, tandis que si cela vient de « blancs », ils hurleront au racisme !

Je vais vous raconter mon histoire. Il y a quelques années donc, j’ai entamé une relation avec un jeune homme originaire du pays voisin du mien. Je suis d’origine ivoirienne. Je ne choisis pas une personne en amitié, comme en amour, en fonction de sa couleur de peau ou de sa nationalité. Je choisis cette personne pour ses qualités intrinsèques.

Cette union a posé des problèmes à certains. Moi j’appelle cela du racisme ordinaire.  Des gens à qui je n’avais rien demandé ont fait des remarques du style : « c’est un guinéen qu’elle a trouvé, elle est sérieuse » ? Personne n’a eu le cran de me le dire en face, mais ce sont les échos que j’ai eu. Et je sais pertinemment que c’est vrai.

Il y a aussi des personnes qui ont essayé d’être « gentilles »

– ah mais ton chéri, il n’a pas un accent prononcé, donc ça va ! Il a la classe et tout. Il est pas trop « guinéen » au final ;

-tu es sûre de ton choix ? Vu ta personnalité je t’aurais plus vue avec un blanc…

Qu’est – ce que ça veut dire en fait ? Qu’avoir un accent prononcé, c’est se comporter comme un sauvage ? Comment peut – on être si fermé d’esprit ? Franchement, je ne comprend pas.

Et je parle de racisme entre noirs parce que lorsque c’est un français ou un américain que l’on ramène au bercail, c’est un concert d’éloges. Les peuples qui exigent même que leur fille épouse une personne de la même religion font abstraction de tout cela. Il est athée, mais comme il est blanc, ça passe, parce que le blanc est intelligent, le blanc est fort, le blanc est riche. Souvent de la part de nos parents nous avons droit à des discours tels que « maintenant que tu es arrivée en Europe, ramène – nous un blanc ! ». Moi je n’ai rien contre les unions mixtes. Je suis mon coeur. Mais je déplore le fait que nous, africains, ne mettions pas plus notre culture en valeur, et que ce soit d’autres qui le fassent à notre place. Je ne pense pas avoir entendu les Occidentaux dirent qu’il est mieux d’épouser un africain qu’un autre Occidental.  Il faut vraiment que les mentalités changent et que nous arrêtions d’être aliénés.

L’amour n’a pas de couleur. Blanc, noirs, rouges, peu importe. Du moment que deux personnes s’aiment personne n’a même son mot à dire dans l’histoire.

Je peux comprendre le fait que les gens aient peur, parce que fréquenter une personne d’un autre pays que le sien est susceptible de créer divers problèmes : où vivrons nous, où allons-nous nous marier ? Mais dans mon cas, si je tiens compte des remarques que j’ai entendues depuis le début de ma relation c’est tout simplement du racisme. C’est l’art de se croire supérieur aux ressortissants d’un autre pays  parce que notre PIB est plus élevé.

Certaines personnes gagneraient vraiment à faire preuve de plus d’humilité et surtout, à vivre leur vie sans fourrer le nez dans les affaires des autres.
Mon histoire ne regarde que moi, n’en déplaisent à certains. Si elle fonctionne bien, autant pour moi. Et si elle échoue, j’en ressortirai grandie.

 

Cordialement

 

Mamidan

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Le jour où je suis allée au restaurant toute seule

J’ai plus ou moins toujours été un loup solitaire. Souvent incomprise des autres, souvent traitée de « bizarre » par mes congénères. L’année où ce côté de moi est plus ressorti, c’est lorsque j’étais en classe de quatrième. Je passais beaucoup de temps à la maison, devant mon ordinateur, à jouer à des jeux vidéos ou faire des montages. J’ai eu ma période très sociable, et depuis quelques temps le naturel est revenu au galop. Je passe de nouveau beaucoup de temps seule.
C’est peut-être dû à ma double culture.
J’ai passé douze ans en Côte d’Ivoire et douze ans en France.

Les « blancs » m’appellent la « renoi » et les noirs m’appellent « la blanche ».

Cela fait que j’ai parfois du mal à m’intégrer dans un groupe. En fait je suis très vite submergée par les émotions. Souvent j’ai besoin de rester dans mon coin car lassée des moqueries et quolibets, même si ce n’est pas foncièrement méchant. Et je n’ai pas très envie de faire part de ces préoccupations à mes camarades parce que je n’aime pas me victimiser.

L’un des aspects de cette double culture est mon goût pour les restaurants. Je ne dis pas que mes compatriotes ivoiriens n’aiment pas cela, mais je pense, pas autant que moi. Souvent, lorsque je discute avec eux, ils ne voient pas l’intérêt de dépenser de l’argent dans quelque chose « qui va sortir après » (je ne vais pas vous faire un dessin). Ils préfèrent utiliser leur épargne pour s’acheter de belles parures. De mon côté, jusqu’à très récemment je trouvais cela inutile de dépenser beaucoup d’argent pour des vêtements. J’étais un véritable garçon manqué parce que je trouvais que trop faire attention à son apparence, c’était très superficiel. Et jusqu’en classe de quatrième environ j’étais moquée de mes cousines et de mes camarades d’école parce que je portais « toujours les mêmes habits ». Je faisais tellement peu attention à mon apparence qu’il m’arrivait de sortir avec des vêtements portés à l’envers, où des étiquettes apparentes…Authentique ! J’ai fait le désespoir de ma mère qui est une fashion victime. Je dirai en général qu’en Côte d’Ivoire il est très important de soigner son apparence. Impossible pour une fille de sortir sans boucles d’oreilles sans se prendre de remarques. Du moins, c’est ce que j’ai vécu.

Or jusqu’à récemment, comme je disais, je préférais mettre le budget dans un bon repas plutôt que dans des vêtements. C’est maintenant que je m’intéresse un peu plus à la mode, mais je ne boude pas mon plaisir lorsqu’il s’agit de manger. Je me fais de temps en temps des mets qui ne sont pas vraiment adaptés au budget d’une étudiante et je n’hésite pas à me commander à manger ou à tester de bons restaurants, quitte à compter mes derniers deniers à la fin du mois.

Parfois aussi, l’obstacle auquel je me heurte est le faible budget de mes camarades étudiants. Et cela vaut pour les blancs comme pour les noirs. Je rechigne à les faire dépenser et je pense que s’ils voyaient ce que je peux mettre comme argent dans un repas, ils tourneraient de l’œil. Or, je viens d’une famille un peu aisée et je peux me permettre certaines folies parfois. Je ne me plains pas. Une seule de mes amies dans ma ville peut sortir au restaurant aussi souvent que moi. D’ailleurs, l’année dernière nous y allions très régulièrement. Cette année nous ne sommes plus dans la même classe, donc les emplois du temps ne concordent pas toujours. Désormais mon petit plaisir c’est le repas du restaurant universitaire à trois euros une fois par semaine avec mes nouvelles amies. Et ça ne me dérange absolument pas. Ce que j’aime par dessus tout c’est me fondre dans la masse. Je n’aime pas que les gens remarquent que je suis « différente ». Certaines personnes venant du même milieu que moi assument tout à fait leur statut d’étudiante de bonne famille. Pour ma part, disons que si on ne le remarque pas, je suis ravie.

Un jour du mois de janvier donc, j’avais envie d’aller au restaurant. Mon amie qui a la même passion que moi et le même budget n’était pas disponible. Mais diable, qu’est-ce que j’avais envie d’y aller à ce restaurant !

J’ai donc pris mon courage à deux mains et ai décidé d’y aller seule.
Il faut savoir que je suis très timide. Je déteste attirer l’attention sur moi. C’était donc une épreuve. Quelques semaines plus tôt j’avais réussi à aller toute seule à la Brioche Dorée prendre un croissant. Pour la grande timide que je suis, c’était un exploit (je vous parlerai plus en détail du fait d’être timide dans un autre article).

La première fois, c’était bizarre. Mais après j’ai pris goût et finalement durant mes examens j’y allais tous les matins.

Lorsque je suis donc arrivée à ce restaurant, d’entrée, la serveuse m’a demandé : « Pour une personne ? » . C’était tellement étrange ! Je trouve que c’est bien plus simple pour un homme de sortir seul comme cela que pour une femme. Mais je ne pouvais plus faire demi tour. J’ai donc hoché de la tête.

Elle m’a conduit à une table. Il y avait d’autres personnes qui étaient toutes venues en groupe et j’avais l’impression que tous les regards étaient tournés vers moi.

J’étais un peu gênée, mais après c’est passé et j’ai savouré mon repas. J’ai lu, j’ai chatté sur mon téléphone, et j’ai même fini par apprécier ce moment.

Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas. Il faut parfois prendre le taureau par les cornes. Lorsque vous n’avez ni petit ami, ni famille, dans votre ville, que faire ? Attendre les disponibilités des unes et des autres pour s’amuser ? Gérer les humeurs des unes et des autres ? Les « c’est pas cuit ça », « c’est trop cher » et j’en passe ?

Plus le temps passe et plus je prend goût à faire des choses seules. Et pourtant à la base j’étais une personne qui adorait être en groupe. Mais il y a quelques années j’ai passé beaucoup de mois toute seule et ce petit côté « ermite » est né chez moi et ce n’est pas plus mal.

Alors le jour où vous voulez faire quelque chose : boire un verre, aller au cinéma, aller au restaurant, et que personne n’est disponible, allez- y quand même.

Il n’y a pas que dans les films américains que ça se fait.

 

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