La Blanche

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Nous y revoilà. Job terminé, candidatures terminées. Il me reste à achever mes examens de fin de semestre, mais comme je me sens un peu en vacances, je me remets à écrire, pour entretenir ma plume et pour mieux m’exprimer.
Je déplore le fait que beaucoup de personnes ne cherchent pas à se renseigner plus et cherchent toujours à enfermer autrui dans des cases, sans chercher à vraiment comprendre l’individu qu’ils ont en face de lui en profondeur.

 Lors de mes premières années passées en Côte d’Ivoire j’ai subi des brimades et à mon retour en France, l’indifférence. Je prends parfois ma double culture comme un handicap plutôt que comme un trésor. Comme j’aimerais parfois me fondre dans la masse ! Mais au final, comme j’ai tort ! Il faut un peu d’êtres marginaux pour justement enrichir notre monde.
En bien des éléments, je suis différente des autres. Je suis née en France, à Villepinte. Ensuite nous avons déménagé à Rouen, avant de revenir en région parisienne. Mais nous vivions au Pecq, commune plutôt bourgeoise.
Je suis éduquée par ma mère. Elle me donne le goût de la littérature. Elle m’achète de nombreux ouvrages et elle m’apprend à lire dès la maternelle. Elle me fait faire aussi de très nombreux jeux éducatifs.
Je suis noire, j’ai vécu en France, mais pas dans une cité. Je fais partie d’une minorité. J’ai encore les photos de classe de maternelle où j’étais la seule noire. Mais je le vivais très bien ! Avais – je même conscience de ma différence ? Pas sûre.
Les premières années de notre vie nous marquent à jamais. Mon accent, mon attitude, mes goûts, ma « différence » me vient de mes premières années passées en France et on ne pourra jamais les effacer. 

Mais ça, tout le monde ne le comprend pas. C’est ridicule de réduire une attitude à une nationalité. Il y a des « blancs » qui ont grandi en Côte d’Ivoire et font tout comme des ivoiriens, et il y a des « noirs » qui ont grandi en France et n’ont pas l’accent, les goûts, les attitudes qu’on attendent d’un « noir ». Et d’ailleurs qu’est-ce donc que faire comme un ivoirien ? Il y a des ivoiriens rats de bibliothèque, qui n’aiment pas danser, sortir, amuser la galerie.
Je me suis donc parfaitement intégrée dans ce milieu bourgeois les premières années de ma vie et était très heureuse. J’avais mes deux meilleures amies avec qui je passais le plus clair de mon temps et j’étais bien ainsi. Paraît – il que j’ai un peu vécu en Côte d’Ivoire, mais je n’en garde aucun souvenir.
Puis en 1998 nous décidons de rentrer rejoindre mon père à Abidjan. Là, c’est le choc. On m’appelle la Blanche, je ne me retrouve pas, je déteste tout ce qu’on me sert comme nourriture locale. En outre je trouve parfois le comportement des gens déplacé. Nous avons beau avoir un confort que nous n’avions pas en France, j’ai vraiment du mal.
On m’inscrit dans le système français, mais je reste quand même La Blanche. Très vite j’essaie de m’intégrer. Mais lorsque je rentre à la maison avec mon nouvel accent, ma mère me réprimande. « Je veux que tu continues de toujours bien t’exprimer ! » m’ordonne – t – elle. Et pour elle, bien s’exprimer équivaut à parler avec un accent franchisé. Le « nouchi », n’en parlons même pas. Pas de ça à la maison ! Je ne sais plus donc vraiment comment parler ni me comporter, d’autant plus que mes parents, eux, prennent l’accent ivoirien lorsqu’ils parlent d’autres ivoiriens.
Mais malgré ça je me fais de nombreux amis. Il faut dire que je suis une petite fille très extravertie et assez autoritaire. Je rassemble autour de moi. J’ai déjà cette fibre de leader. Aux repas de famille, dans les groupes, on n’entend que moi. Je suis invitée à toutes les fêtes d’anniversaire et parfois il me faut choisir pour ne pas vexer mes petits camarades.
Je m’amuse beaucoup mais ce goût pour la lecture, je ne le perds néanmoins jamais.
Au CP, j’apprend à écrire. J’écris alors mes premiers romans, mes premières pièces de théâtre. Ca me vient naturellement.
A l’école primaire j’ai des amis de tous les horizons : ivoriens, français, belges, portugais, allemands. Je suis très heureuse. J’ai finalement trouvé ma place.
Puis les crises politiques ivoiriennes se succèdent. Me voilà entrain de me balader d’école en école, d’arrêter de partir en cours en plein trimestre. Je vois les gens quitter le pays, mais mes parents ont toujours décidé de rester, même lorsque les crises étaient à leur plus haut niveau.
Je ne le vis pas très bien. Je me renferme sur moi-même car je me dis : « à quoi bon s’attacher à des personnes si c’est pour les voir partir du jour au lendemain ? ».
 Car à l’époque des premières crises nous n’avons pas Facebook, Twitter ou Instagram. Un ami qui part, c’est un ami qui tu ne reverras jamais, ou alors des années plus tard. Mais en attendant la douleur, elle est intacte, vive, incessante. Je commence alors à devenir très sensible, très réservée. Mon école a été saccagée et est fermée. Je suis alors inscrite dans une école française sur le papier mais fonctionnant assez comme une école ivoirienne, où je ne trouve pas ma place. Je n’ai pas les mêmes centres d’intérêts, je n’écoute pas les mêmes musiques que les autres et puis ma sensibilité me joue des tours. Les notes sont hyper importantes parce que voyez-vous, les parents se sont battus pour que nous quittions la cité pour Le Pecq, il faut faire mieux qu’eux. Et du coup, lorsque j’ai en dessous de 14 je suis ébranlée, non pas pour énerver la classe, mais par crainte de la réaction à la maison.
A la fin du collège, je suis plus que renfermée. Je n’ai rien d’une « ivoirienne » dans l’inconscient collectif. Je reste enfermée toute la journée pour monter des vidéos sur Youtube, écrire, ou jouer aux jeux vidéos. De fille super extravertie je suis passée à fille super timide. J’ai toujours été un peu timide, c’est pourquoi, lorsque je voyais un groupe je ne saluais que les personnes que je connaissais dans ce groupe. Mais là, la timidité atteint son paroxysme, au point que lorsqu’on m’envoie à la boutique du quartier, je refuse catégoriquement, ce qui provoquera la colère de mon père.
Timidité va avec manque de confiance. Je reprend un peu confiance en fin de collège, puis la reperd au lycée, lorsque je réalise que je me suis mal orientée. En sciences, les notes chutent, je perds confiance. Arrivée à la fac de droit je vis mal la solitude, je perds totalement confiance, je ne deviens que l’ombre de moi-même.
Puis arrive le séjour qui va tout changer. Je passe six mois en Angleterre, je revis, je fais de belles rencontres. Je ne suis toujours pas redevenue la fille qui parlait tellement qu’elle se faisait réprimander par sa mère parce qu’elle avait un peu trop parlé, mais au moins, je suis un peu plus extravertie.
Mais après, je suis encore déçue. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de profiteurs qui m’entourent. Toujours là à demander des services, mais jamais là lorsque tu as besoin d’eux, et jamais là non plus lorsqu’il t’arrivent des choses positives pour se réjouir.
Lorsque je reviens en France après le bac, c’est le coeur rempli d’espoir. Après tout, ces année en Côte d’Ivoire, malgré quelques bémols, je les ai adorées mais je restais toujours la Blanche. Probablement qu’en France je me retrouverais un peu mieux dans mon élément ? Oui, mais non. Le côté individualiste et suffisant en France m’exaspère. Là où j’étais toujours excitée de venir en France pendant les grandes vacances, je ne pense qu’à retourner en Côte d’Ivoire. La première année où je retourne en Côte d’Ivoire je me gave de nourriture ivoirienne, de choses que je n’aurais même pas touchées avant.

On n’apprécie le bonheur que lorsqu’on l’aura perdu, me dira – t – on.
Au final, je dirais que bien qu’étant très attachée à la France, je sais que j’appartiens à la Côte d’Ivoire, c’est ma patrie.
On dit que l’enfer, c’est les autres. Je le confirme. Si ça ne tient qu’à moi, je sais quelle est ma nation. Mais tant qu’il y aura toujours des personnes qui se diront qu’elles savent mieux que moi, ce que je suis, là résidera le réel problème. C’est alors à moi de m’affirmer, de ne pas prêter attention à ce que les gens peuvent penser, et faire comme bon me semble.

Je n’ai pas besoin de changer qui je suis. Je l’ai trop fait par le passé. J’ai aussi bien Angie des Rolling Stones dans ma playlist que des chansons nigérianes. Et alors ?
Au final cette double culture est vraiment une richesse. Sans elle je pense qu’il y a certaines choses qui biaiseraient mon jugement. Le côté français m’apporte une ouverture d’esprit. Mon côté ivoirien m’apporte plus de sagesse, d’élan de solidarité, une épaule sur laquelle me reposer, à savoir la spirtualité. 

Les deux combinés font de moi ce que je suis et pour rien au monde je ne renierai une culture pour une autre.
Le conseil que je pourrais donner à tous ceux qui subissent des sarcasmes où des brimades parce qu’ils ne correspondent pas à l’image que les gens se font d’une personne issue de telle ou telle nationalité, ce serait simplement de sourire et laisser dire. Moi je ne l’ai pas encore tout à fait réussi pour être honnête, mais j’y travaille.


Et aussi aux personnes qui ont du mal à s’intégrer dans un monde où l’on ne s’intéresse qu’aux extravertis, je dirais juste que le plus important n’est pas d’avoir beaucoup d’amis. S’il y a des gens suffisamment ouverts d’esprit pour apprendre à vous connaître au-delà des apparences, qu’ils soient les bienvenus. Et quant aux autres, laissez-les partir.
Bien à vous,
Mamidan

 

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Wakanda or not Wakanda ?

Il y a deux semaines je suis allée voir LE blockbuster du moment : Black Panther. A vrai dire je n’étais pas plus emballée que ça par la sortie du film. Les médias en parlaient apparemment depuis deux ans, mais c’est vers le mois de novembre que j’ai eu vent du projet.

Le film a fait l’objet d’une énorme campagne médiatique, comme à la sortie de chaque film Marvel. C’était l’une des raisons qui faisait que je n’étais pas à fond sur ce film. Je me disais que ça allait être un blockbuster surcoté, et ce n’est pas parce que c’était le premier film de super héros avec un casting essentiellement noir que j’allais m’emballer. J’avais justement peur que cette caractéristique provoque un engouement disproportionné par rapport à la qualité du film.

La promotion battait donc son plein et j’y restais indifférente.

Et puis le film est sorti.
Et puis mes deux critiques cinéma préférés ont sorti des vidéos « review » de ce film. La première minute de la vidéo de Durendal ne s’était même pas écoulée que je prenais la décision d’aller voir ce film.

Après tout, peut être que les gens n’exagéraient pas. Je voyais des « Wakanda » forever partout sur les réseaux sociaux. Et même des « Black Panther Outfits » sur youtube. Une chose est sûre : Hollywood a bien réussi son coup avec ce film. Le blockbuster vient de passer le cap des 1 milliard de dollars de recettes, ce qui le classe parmi les dix films les plus rentables de l’Histoire. Il se murmure même qu’il sera dans la course aux Oscars 2019.

 

Crédit photo : @Marvel Studios

 

Mais après cette longue introduction, qu’est – ce que j’ai pensé de ce film ? Est – ce un tournant pour l’histoire des Noirs ? Je vais donner mon humble avis.

A titre préliminaire :

Déjà Black Panther (comme son nom ne l’indique pas), n’est pas, selon moi, un film communautaire. On aurait pu très bien prendre des acteurs caucasiens dans un autre pays et reprendre les grandes lignes du scénario. C’est un film de super héros Marvel comme il y en a eu plein d’autres. Mais il apporte sa petite touche, et c’est tout. Mais en rien il ne se réfère au mouvement des Black Panther des années 70 comme j’ai pu l’entendre ça et là.

Et je tiens aussi à rétablir une vérité : Black Panther, n’est PAS le premier super héros noir (Coucou Blankman, the Meteor Man et Blade) ! Mais n’empêche, Black Panther sort du lot pour de multiples raisons que je vais exposer dans cet article.

L’histoire

Black Panther, c’est l’histoire T’challa et du Wakanda. L’histoire est issue d’un Comics des années 60 créé par Stan Lee et Jack Kirby, dont l’adaptation au cinéma a été maintes et maintes fois reportée. Néanmoins le personnage de Black Panther a été introduit dans les précédents films Marvel et c’est la première fois qu’un film lui est dédié.

Le Wakanda est un royaume Africain immensément prospère grâce à un métal très précieux, le vibranium. Mais le reste du monde pense qu’il n’y en a plus.

En effet fil de l’Histoire les Wakandais ont été témoins de ce qui est arrivé à leurs voisins qui ont laissé naïvement des étrangers pénétrer dans l’antre de leur Royaume. De nos jours les autochtones n’ont aucun contrôle sur leurs richesses. Celles – ci sont dérobées et font la fortune des peuples par delà les mers. Et pour conserver cette main mise le néocolonisateur destabilise les peuples africains en les montant les uns contre les autres, ce qui les empêche de se développer. 

Pour échapper à ce sort les Wakandais vivent cachés et repliés sur eux – même. De l’extérieur le reste du monde pense qu’ils sont pauvres.

C’est l’une des premières réflexions très importantes que ce film a éveillée en moi. Doit – on être égoïste et protectionniste pour sauver sa peau, ou doit – on voler au secours de son prochain ? Parce qu’au final les Wakandais ont une richesse et un arsenal suffisant pour inverser l’Ordre du Monde, mais ils préfèrent rester dans leur petit confort et assister à la déchéance de leurs semblables, bras croisés contre la poitrine.

C’est en ce sens que dans ce film les « méchants » n’en sont pas réellement.

Le premier « méchant » qui apparaît à l’écran c’est N’Jobu, oncle de T’challa, la future « Panthère Noire ». N’jobu a décidé de « trahir » son peuple et de dérober du vibranium au Wakanda.

Ce métal a en effet la réputation de créer des armures et armes très performantes et indestructibles, ce qui permettrait aux Wakandais d’anéantir les oppresseurs de leurs frères.

Mais N’Jobu sera freiné par son frère, T’Chaka, le père de T’challa, héros du film, qui l’exécutera. Des années plus tard le fils de N’Jobu, N’Jadaka qui vient au Wakanda pour achever les plans de son père par la même tenter de contrôler le Royaume. T’challa vient à peine de succéder sur le trône à son défunt père. Va alors s’ensuivre une bataille pour le contrôle de Wakanda. Les motivations des deux parties sont défendables et discutables.

T’challa (à droite) et son cousin Erik Killmonger, N’Djadaka de son vrai nom (à gauche).
Crédit photo : @Marvel Studio

Et c’est cette bipolarité que j’ai aimé dans Black Panther. On a ici un « méchant » qui a un réel but, et qui n’est pas juste là pour « conquérir » le monde ou venger la mort d’un proche. C’est bien plus complexe que cela et on en vient même à souhaiter qu’il gagne son combat.

 

 

 

 

Et moi je dis qu’un film est réussi lorsqu’il ne nous montre pas des personnages caricaturaux mais des personnages avec des bons et des mauvais côtés, qui traduisent toute la complexité de l’être humain.

Ce que j’ai adoré en second lieu dans le film, c’est le superbe hommage au continent africain. Que ce soit dans les costumes, les accents des personnages, les différentes coutumes, ou les paysages, je me suis retrouvée dans ce film. C’est certes fictif mais c’est plutôt proche de ce à quoi pourraient ressembler certains pays africains dans quelques années.

 

Royaume du Wakanda
Crédit photo : @Marvel Studio

J’ai aimé que l’on représente ce royaume du Wakanda comme autonome, comme appliquant ses propres lois, comme un royaume où nulle n’a a interférer dans ses affaires internes. Et j’ai apprécié que malgré l’état de développement avancé du Wakanda, les coutumes ne se perdent pas.

 

En effet de par l’Histoire les pays plus développés ont eu tendance à vouloir imposer leur vision des choses, forçant les peuples moins développés à abandonner leurs coutumes ou pratiques, et à se les réapproprier. Non, se développer ne veut pas dire se convertir à une religion que l’on a pas choisi ou abandonner sa façon de se vêtir. Et non il n’y a pas de sous – culture ou de culture meilleure qu’une autre. 

A travers ce film j’ai vu toutes ces idées retranscrites.

Je voulais également souligner que j’ai apprécié le fait que ce film ne tombe pas dans le cliché au niveau desrelations amoureuses également. Bien évidemment il y a certaines ficelles du scénario qui sont prévisible. Mais la femme que T’Challa aime, on en parle ? Moi j’ai remarqué en général dans les films où le héros est noir que bien souvent l’élue de son coeur est très très claire de peau. Lorsqu’on connaît les différents complexes qui animent notre communauté, je trouve cela très judicieux d’avoir choisi Lupita Nyong’o pour incarner Nakia. J’ai encore plus apprécié cette actrice dont j’ai vu la plupart des films. Ce n’est pas la plus belle, c’est juste une fille normale. Et c’est important de choisir des personnages pour leurs qualités intrinsèques et pas uniquement pour attirer du public.

 

Et j’ai aussi adoré le fait que ce soit une femme forte, indépendante, qui n’a besoin de personne pour se défendre.A un moment donné c’est même elle qui sauve son homme. Le couple qu’elle forme avec Chadwick Boseman est mignon et on croit à leur idylle.

 

 

 

 

En parlant de personnage féminin fort j’ai aussi beaucoup aimé Suri, la soeur de T’Challa. Dans ce film, le cerveau, celle qui met au point toutes les machines et costumes, c’est une femme !

Le film a réellement été pointilleux sur énormément de détails. Il chercher vraiment à évincer les clichés et c’est ce que j’aime par dessus tout dans Black Panther.

Autre cliché qui a été évincé de ce film : celui du super héros très fort et invicible. Cela a certes été vu avec Spiderman. Disons que Peter Parker sans son costume n’est pas le super héros le plus sûr de lui ou le plus baraqué. Mais dans Black Panther, T’Challa est vulnérable même pendant les combats qui doivent faire de lui le Roi. En effet on lui ôte temporairement ses pouvoirs pour qu’il soit à armes égales avec son adversaire. De plus T’Challa n’est pas le plus costaud, le plus beau. Sans son costume il a une apparence vraiment ordinaire et j’ai apprécié cela. Le spectateur se sent ainsi proche de lui. T’Challa en définitive pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Il est juste le Black Panther parce que son père l’a été avant lui, pas parce qu’il est l’Élu né avec des pouvoirs surnaturelles.

Les coiffures sont également très belles. Et comment parler de Black Panther sans aborder la musique ? La bande originale est juste magnifique, soigneusement dosée, alliant hip hop et musique du folklore. C’était diablement réussi ! Je ne me suis rarement autant identifiée à un film et j’irai le revoir avec plaisir.

Au premier plan : Ramonda, mère de T’Challah. Derrière : Suri, petite soeur de T’Challah – Crédit photo : @Marvel Studios

Nous aussi avons du talent qui ne demande qu’à s’exprimer. 

Je vais prendre un exemple simple : la musique de chez moi, on me dit souvent qu’elle ne sert qu’à danser, qu’il n’y a pas de paroles profondes. Avoir du goût c’est forcément écouter du Jack Brel ou du Léo Ferré. Mais en fait cela résulte juste d’un égocentrisme accru et d’un manque de connaissance. Il y a de très belles voix chez moi et de tous temps.

Alors des films comme Black Panther, j’aimerais en voir beaucoup plus souvent !

Courez le voir, si ce n’est déjà fait, que vous soyez amateurs de films de super héros ou pas. C’est important de soutenir des initiatives comme celles – ci. C’est important de soutenir un film qui ne montre pas un continent africain en perpétuelle souffrance à cause de la famine et de la guerre, pour une fois. C’est important d’aller voir un film qui montre des personnages africains qui ont été capable grâce à leur seule force et leur seule intelligence de développer des machines aussi performantes. Et c’est possible dans la vraie vie, les africains ne sont pas moins intelligents que les autres.

Allez y aussi pour soutenir son réalisateur, qui était aussi à la réalisation de l’excellent film Creed Ryan Coogler.

Allez -y parce qu’il rend hommage à notre beau continent.

Allez-y parce que pour une fois on montre l’Afrique (bien que le Wakanda soit un royaume fictif) sous un prisme flatteur.

La Garde Royale – @Crédit photo : Marvel Studios

Des films comme Black Panther et des livres comme Americanah (dont je parlerais bientôt) me donnent encore plus envie de m’intéresser à mon propre continent, immensément riche culturellement.

 

Ne l’oublions pas.

#WakandaForever

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Jeunes bacheliers africains : entre désillusion et espoirs déchus

Le jour où j’ai eu mon bac j’ai fait la holà. J’ai sauté dans les bras de mes amis. Nous sommes ensuite allés à la maison, et ma mère a déroulé un pagne sur lequel j’ai marché, pour perpétuer la tradition. J’ai appelé tous mes proches. Ils m’ont félicitée, j’ai eu de l’argent, nous avons organisé une grande fête à la maison.

Et puis j’ai eu ma marraine au téléphone qui m’a dit ceci : « Le plus dur commence maintenant, ma fille ».

Au début, je n’ai pas trop compris ce qu’elle voulait dire. C’est vrai, quoi ! Qu’est – ce qui pouvait être plus dur que d’avoir obtenu son baccalauréat dans un contexte géopolitique tendu tel que celui qui régnait en Côte d’Ivoire à cette époque ?

Pour moi, le meilleur commençait maintenant. J’allais être libre ! Enfin vivre comme une adulte, loin des parents.

 

Plus de contraintes, j’allais connaître la vie d’étudiante.

J’allais partir à l’Université. Plus de contrôle continu, plus d’interrogations surprises, et même plus l’obligation d’aller à l’école. Ca ne pouvait être que le rêve. J’allais me faire de nouveaux amis, gérer mon temps comme cela me convenait, enchaîner les soirées étudiantes. Et pour couronner le tout, étant issue d’une famille que l’on pourrait qualifier d’aisée, je n’aurais pas à me soucier des difficultés rencontrées par les étudiants à l’accoutumée. Mes parents ne voulaient d’ailleurs pas que j’ai un boulot à côté de l’école. Ils prenaient tout en charge. Je n’avais qu’une chose à faire : ramener les bonnes notes. Ils ont voulu me protéger. Peut être un peu trop. Je n’étais pas en résidence étudiante. Trop petit pour pouvoir recevoir la famille. Pas de colocation pour avoir de l’intimité. Mais après tout je ne sais pas si le fait d’avoir été en résidence aurait réellement changé quelque chose, étant donné que je connais des personnes en résidence qui étaient tout aussi déprimées que je le serais par la suite. 

La réalité est que tout le monde n’est pas fait pour être « jeté » loin de chez ses parents à dix – sept ans. L’enfant (parce qu’en réfléchissant je considère qu’on est très très jeune à peine majeur) n’est pas forcément bâti pour mener une telle vie. La preuve est que la plupart des jeunes qui étaient à l’Université avec moi rentraient chez leurs parents le week-end, ou avaient au moins de la famille sur place. Tel n’était pas mon cas.

En fait dans la philosophie des parents dans mon pays, dès que l’enfant a le bac, il doit partir pour « réussir ». Et de toutes les manières s’ils procédaient autrement l’enfant leur en voudrait. Il se met tellement dans la tête qu’il va partir après son baccalauréat que lorsqu’on lui dit de rester, il le prend comme une punition. Or il y a des réalités qui ont pour conséquence que l’adaptation à l’étranger se déroule souvent très mal.

 

Les erreurs d’orientation

On nous demande très tôt de savoir ce que l’on veut faire. Et forcément il peut y avoir des incidents de parcours. A mon humble avis il faudrait réformer totalement le système scolaire. Au final ces « séries », ces cases dans lesquelles on nous met, je n’en voie pas l’utilité. Il faudrait vraiment plus valoriser les filières techniques. Ca commence dès le lycée. Certains n’osent pas aller dans des filières plus « spécifiques », même s’ils ont un don, de peur d’être traités de cancres. De toute façon la S c’est pour les élèves les plus brillants, la ES, pour les élèves ni excellents, ni mauvais et la L, pour les artistes et autres hippies. La STG c’est la poubelle !

Finalement cette peur du regard des autres pousse les jeunes à choisir des orientations qui ne leur conviennent probablement pas, poussés par leur parents qui ont aussi peur de l’avis des autres. Personne ne nous forme à l’école sur le fait que ce n’est pas bien grave de se tromper d’orientation, qu’il est possible de rebondir et que ça fait partie de la vie ! Du coup arrivés dans le système supérieur, certains s’obstinent à suivre des voies qui ne leur conviennent pas et finalement sombrent dans la dépression. Alors que c’est normal de douter, parce que rares sont les personnes qui dès leur plus jeune âge disent : c’est ça que je veux faire !

Pour ma part, j’ai toujours su que je voudrais être journaliste, ou avocate. J’ai toujours eu cette palme littéraire. J’ai toujours écrit et tenu des blogs. A un moment j’ai plus penché pour le journalisme, mais maintenant j’ai trouvé ma voie. Future avocate très certainement, en écrivant à côté.

 Mais tel n’est pas le cas de tout le monde et il y a des personnes qui jusqu’à 24, 25 ans, se cherchent encore au niveau scolaire.

Que de perte de temps parce qu’on ne nous a pas permis de faire ce qu’on voulait faire ! La faute aussi à de nombreux lycées chez nous en Afrique qui ne mettent en avant que les sciences sans chercher à développer certaines autres compétences de l’enfant ! Manques de moyens me direz – vous ? Pas sûr ! Pour dessiner, on a juste besoin d’un crayon. Pour jouer au foot, pas besoin d’un terrain avec le gazon dernier cri. Il suffit juste de faire appel à sa créativité !

 

Les squatters et profiteurs

Je ne m’attarderai pas sur le sujet, mais lorsqu’on en est victime, si on a une âme sensible, ça peut faire très mal.

Ils vont venir habiter chez toi, tu vas tout faire pour eux. Ensuite ils vont disparaître dans la nature et s’afficher sur Snapchat avec leurs vrais amis, tandis que toi tu es seul chez toi à la maison. Il y a aussi ceux qui te demandent toujours de l’argent ou des menus services mais qui, lorsque tu as des problèmes, ne sont plus joignables.

 

Les mauvaises fréquentations

A la faculté on peut vite être tenté de suivre des personnes qui vont feront vivre et expérimenter des choses très cool, mais qui visiblement ne sont pas venues là pour travailler. Or il ne faut pas suivre n’importe qui. Un français peut faire ce qu’il veut, pas un africain sur la tête duquel plane l’ombre du non-renouvellement de titre de séjour ne peut pas. On peut alors se retrouver dans une situation de grande détresse et par «honte » on ne veut pas dire aux parents ce qu’il se passe réellement. On va dire qu’on est en Master 2 alors qu’on peine à valider la licence. Et nos parents vont nous croire, eux qui vivent loin et qui souvent n’ont jamais étudié à l’étranger.

 

Le froid

Ah, le froid ! A – t – on vraiment besoin de s’attarder là – dessus ? Quand il commence à faire froid, tout le monde se terre chez soi. Et quand tu n’as pas de chéri, de colocataire, ou que tu ne vis pas chez tes parents, tu n’as que ta couverture et tes Ben & Jerries pour te tenir compagnie. Tant d’hivers passés ainsi ! Les gens ayant toujours connu cela se plaignent déjà, alors imaginez le premier hiver d’un jeune étudiant qui a toujours connu le soleil, toute l’année. Si pour certains la Côte d’Azur c’est l’eldorado et que l’intégration est dure à Paris, je pense que la difficulté est décuplée pour un jeune africain.

 

La gestion du budget

J’ai l’impression que dans notre culture, tout est souvent dans le paraître. On veut toujours être bien sapé, les étudiants vivent au dessus de leurs moyens. Beaucoup préfèreront réserver un salon en boîte de nuit tous les samedis et ensuite manger des pâtes au thon tout le reste du mois. 

J’ai demandé un jour à un de mes amis :

« Mais tu pourrais tout simplement payer ta consommation et t’éclater tout aussi bien, non ?
Ah, toi aussi ! Qu’est-ce que mes amis vont penser ? C’est quand même moi, le grand M.C, je ne peux pas casser carreau* !  Me répondit – il ».

C’est là que je vis qu’il y avait un réel problème, car la personne était étudiante comme moi. Nous devrions vraiment revoir notre sens des priorités. Je m’inclus dans le lot. Est- ce vraiment obligatoire d’avoir le dernier Iphone, de s’habiller en Lacoste ou Ralph Lauren lorsqu’on sait pertinemment qu’on ne peut pas se le permettre ? Ces personnes ont sûrement des boulots à côté, me direz – vous. Seulement voilà : pour moi, l’épargne que tu as eu à la sueur de ton front, c’est un petit peu débile d’aller la mettre dans des choses qui vont te procurer un plaisir éphémère alors que tu pourrais épargner, investir, ou faire des cadeaux à tes proches.

Mon péché mignon, ce sont les voyages. C’est mon premier poste de dépenses. Après, chacun ses passions. Le problème est que l’homme étant un éternel insatisfait, lorsque ces personnes ont vu qu’elles pesaient dans le « game » grâce à tout cela, elles ne sont jamais rassasiées. Ce qui peut les entraîner vers des solutions occultes pour avoir de l’argent facile. Suivez mon regard. Alors je me dis, à quoi bon ? Soit c’est ça, soit on se retrouve avec un énorme découvert, voire un interdit bancaire et on n’ose pas le dire aux parents. Tout ça pour quoi ? De quel respect parle – t – on ? Je l’ai vraiment beaucoup plus observé chez nous qu’ailleurs, et il faudrait vraiment que cela change !

 

L’intégration dans une société individualiste

Je ne dis pas que tout est rose en Afrique. Mais il y a une certaine chaleur qu’on ne retrouve pas pour ma part, en France. Je ne me suis jamais retrouvée seule en Afrique. Même les fois où j’avais des soucis d’intégration à l’école, je savais qu’en dehors de l’école j’avais des bons amis. J’ai plein de cousins et la maison n’est jamais vide. Il y a les parents, il y a les employés de maison. Et puis en Afrique c’est connu que les habitants de la maison ne se limitent pas à la famille nucléaire.

Or je n’ai jamais été aussi seule qu’en France. J’ai demandé à des personnes beaucoup plus extraverties que moi et c’était le même refrain. Lorsque tu arrives, on te confie à des personnes qui ont leurs propres problèmes, et par conséquent, peu de temps à te consacrer. J’ai compris très tôt qu’ici, c’était chacun pour soi. A la fac de droit il y avait peu de noirs. J’ai donc appris à connaître la mentalité individualiste qui règne en France.

J’ai connu des personnes avec qui tu discutes un jour, mais qui ne te saluent plus le lendemain, surtout si c’est hors de l’enceinte de l’Université. Lorsque les cours finissent, vous ne vous connaissez plus. Des personnes à côté de qui tu es assis sur les bancs deux semestres entiers, mais dont tu ne connaîtras jamais la maison. J’ai connu des personnes qui ne te feront plus jamais signe une fois que l’année est terminée, si vous n’êtes plus dans la même classe. Je connais des personnes avec qui tu discutes toute l’année, mais qui vont continuer de dire « ce week end j’étais avec mes amis, etc… ». Ils ne vont jamais t’appeler. Si tu les appelles ils discuteront avec toi, mais pas l’inverse. Etant une personne plutôt « friendly », je n’ai pas tout de suite compris. Et puis j’ai fini par devenir pareille. Je me suis construis une sorte de carapace qui fait qu’il me faut beaucoup de temps pour considérer les personnes comme des « amis ». Du coup je suis devenue plutôt renfermée moi aussi.

Je fais cet article pour attirer l’attention des parents, des jeunes, sur le fait que faire venir son enfant en Europe sans l’y avoir préparé avant peut avoir des conséquences désastreuses. Si cela peut éviter il vaut mieux le garder auprès de soi le plus longtemps possible. Il faut également que nous, africains, prenions conscience que la dépression est bien réelle chez nous, et qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard.

Bien à vous,

Mamidan

*casser carreau : expression qui désigne le fait de juste payer sa consommation en boîte et de ne pas disposer d’un salon.

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